Quand Paris faisait son cinéma

04/05/2017 Art de vivre

Que sont devenus nos cinémas de centre ville et nos salles de spectacle d’antan ? Détournés de leur fonction première, ils gardent souvent l’éclat somptueux de leur gloire passée. Petite balade parisienne de quelques adresses mythiques aujourd’hui oubliées.   

  • Les promeneurs parisiens connaissent bien cette adresse, au 34 du boulevard Barbès, un soldeur de chaussures Kata présente une façade insignifiante, mais qui dés que l’on y entre, se dévoile en intérieur féérique. Ex salle de spectacle d’avant guerre, le Barbès Palace, le rideau bordeaux existe toujours, le balcon aussi avec ses couleurs d’origine et les deux lettres emblématiques, BP. C’est assurément le plus bel exemple d’un immeuble dont l’emploi premier a été complètement gommé, heureusement la construction de 1914 n’a pas trop souffert et il reste de nombreux éclats d’autrefois que l’on peut admirer. Il n’y a que la marquise qui a été supprimée il y a une vingtaine d’années, discrétion oblige.
  • Dans le même quartier du 18ème arrondissement, l’ex gaieté Rochechouart (au 15 du boulevard du même nom) est devenu magasin Celio, il y est beaucoup plus difficile d’y imaginer Mistinguett y faisant ses débuts ou même Fréhel y chanter, malgré le hall toujours aussi imposant. Construite en 1867, et transformé cent ans plus tard sans aucun esprit de conservation, ne reste qu’un fronton imposant, hélas, pas du tout respectueux de son histoire. 
  • Exactement le même constat lorsque l’on remonte encore un peu plus le boulevard et que l’on passe devant le magasin Darty, au 56, les amateurs de septième art du siècle dernier se souviennent forcément du Palais Rochechouart, ouvert en 1912, et qui pouvait accueillir jusqu’à 1462 spectateurs. Le plafond avait cette particularité qu’il pouvait s’ouvrir à la belle saison, une proposition alors unique à Paris et totalement abandonnée en 2017. Mais heureusement, les amoureux du quartier ont retrouvé le Louxor, inauguré en 1921, classé au patrimoine des monuments historiques, transformé en boîte de nuit, puis en studio de répétitions, laissé à l’abandon et ré ouvert en 2013. Cinéma d’avant-guerre, il est l’un des plus beaux exemples d’architecture antique avec sa façade néo Egyptienne.
  • L’axe place de Clichy Barbès-Rochechouart n’est pas le seul quartier de Paris où les salles de cinéma se sont transformée à tout jamais, au 34 du boulevard Saint-Michel, là où Gibert Joseph propose un supermarché des produits culturels, se tenait autrefois le cinéma le Latin. Ouvert en 1938, à l’emplacement d’un restaurant, il devint un haut lieu du film pornographique avant de disparaître au milieu des années 1980. Jean-Luc Godard voulut l’acheter mais renonça.
  • Toujours entre Saint-Germain des Près et Montparnasse, les exemples de reconversion sont multiples. Au 155 rue de Rennes se tenait jusqu’en 1980 le Gaumont-Rive Gauche, hier magasin Creeks c’est désormais une enseigne Kookai, et à l’angle du boulevard Raspail et la rue de Vaugirard, le Cinévog Raspail qui fit de la résistance jusqu’en 1957. Après un garage, devenu concessionnaire Mini, la coquette salle inaugurée en 1908 n’est plus.
  • Au 217 avenue de Versailles, là même ou la supérette A2pas se tient aujourd’hui, une ancienne salle de cinéma existait l’une des seules dont internet n’a gardé aucune trace. Pourtant lorsque l’on va y faire ses courses on ne peut qu’être happé par l’originalité des lieux. Il y a une vaste entrée qui ouvre sur une large salle… C’est d’ailleurs ce qui frappe dans toutes ces adresses, et il y en a beaucoup d’autres, c’est l’architecture toujours atypique des lieux. Il y a toujours une entrée disproportionnée, un escalier et des anciens balcons. Les immeubles devaient accueillir du monde, et s’ouvraient vers l’extérieur pour donner envie d’y pénétrer outre l’affichage extérieur. Cela non plus n’a pas changé, les nouvelles enseignes essayent toujours de donner envie au client, mais les programmes ne sont plus les mêmes.

Paris n’est aussi qu’un exemple car presque toutes leurs villes de France possèdent un ex cinéma reconverti en supermarché ou pire, abandonné. Des nostalgiques les font revivre, essentiellement sur internet. Le rideau est peut être tombé, le film de la vie continue.

 Christian Eudeline