« Paris revient à la mixité horizontale qui a fait son âme au XIXème siècle »

28/02/2017 Art de vivre

L’agence Le Penhuel Architectes a remporté les deux lots placés à l’entrée de la ZAC Clichy Batignolles, dans le 17ème arrondissement de Paris, pour y édifier un projet complexe de 37000 m2. Rencontre avec Gaëtan Le Penhuel.

Sur le plan architectural, quels aspects font de Clichy-Batignolles un projet exemplaire ?

Gaëtan Le Penhuel : Il faut souligner la manière très originale avec laquelle l’atelier a été organisé par la Ville de Paris. Il s’agissait d’un « grand oral » destiné à mesurer notre habilité à travailler en commun et à faire avancer le projet, avec des aller-retour toutes les semaines entre les maitres d’ouvrage privés, les architectes et la Ville.

Comment définiriez-vous le projet que vous avez élaboré ?

G.L.P. : Nous avons gagné les deux premiers lots de la ZAC Clichy-Batignolles, les lots O1 et O3, placés sur cette longue rue qui traverse une espèce d’île, l’île des Batignolles. Ce sont ceux qui s’accrochent, au sud de la parcelle, au Paris haussmannien et au square des Batignolles. Le meilleur mot pour qualifier ces programmes est assurément celui de complexité. Parce que la programmation de ces deux lots est vraiment multiple, avec un parking souterrain sur cinq niveaux, la sortie du métro dans le bâtiment, un centre commercial, des logements libres, du locatif intermédiaire, des logements sociaux, une résidence jeunes travailleurs et une résidence étudiante, sans oublier un immeuble de bureaux. Mélanger tous ces programmes les uns par dessus les autres en fait également un projet exemplaire.

Pourquoi ?

G.L.P. : Il s’agit d’une forme de retour en arrière dans le sens où l’on revient à cette mixité qui a fait l’âme de Paris au XIXème siècle, avec cette mixité programmatique différente en fonction des étages, avec des commerces en rez-de-chaussée, des professions libérales dans les premiers étages, puis des ménages issus de la moyenne ou de la grande bourgeoisie, et enfin des gens avec moins de moyens dans les étages supérieurs. Toute cette mixité en strates horizontales s’empilait dans le Paris haussmannien. Ces dernières décennies, on a eu tendance, pour simplifier, à ne plus faire de strates horizontales mais plutôt à faire des tranches verticales, comme si le joint de dilatation entre les bâtiments faisait que chacun était chez soi. Aujourd’hui, une nouvelle complexité surgit, qui suscite des réponses proches de ces strates horizontales et correspond davantage à la programmation contemporaine d’une ville dense avec de nombreux programmes à portée de la main qui s’enrichissent les uns les autres. Nous ne sommes plus cloisonnés verticalement, nous sommes mélangés horizontalement.

Peut-on édifier des bâtiments sur la rive droite de Paris en s’affranchissant de l’héritage d’Haussmann ?

G.L.P. : Oui. Il y a un moment où le passé n’a plus forcément encore de sens. En revanche, on ne peut pas s’affranchir de la proximité omniprésente d’Haussmann. On ne pourrait pas et on ne veut pas faire à la manière d’Haussmann, parce qu’il y a avait aussi des tas de choses critiquables, comme les toutes petites cours intérieures sans lumières, par exemple. Je milite davantage pour le principe d’une ville basse scandée par des moments d’intensité urbaine, de densification, de verticalisation très haute avant de redescendre, comme à Tokyo par exemple. Le Paris haussmannien culmine entre 25 et 37 mètres maximum, en fonction des endroits. Mais il serait possible d’envisager une montée progressive de cette densité. Paris est une ville qui a besoin, pour continuer à exister, d’intensification à certains endroits, au nord des Batignolles, par exemple, mais pas seulement. Ces intensifications urbaines représentent, me semble-t-il, une bonne solution recoudre Paris et les villes limitrophes dans un Grand Paris.