Abri anti-atomique : une hausse de 800% des demandes en France

15/05/2018 Actualité

Alors que le premier salon dédié au survivalisme en Europe s'est récemment tenu à Paris: il a été constaté une hausse des demandes de bunkers. Des abris anti-atomiques qui pourraient se multiplier dans nos immeubles, maisons et résidences… Et se transformer en belles caves à vin !

"Les trois sociétés de constructions de bunkers en France enregistrent un boom des demandes, comme les fabricants de masques à gaz ou d'aliments lyophilisés", remarque le sociologue Bertrand Vidal, qui analyse ce phénomène depuis 2012*.   Ainsi, la société américaine Vivos, qui commercialise des places dans un bunker souterrain grand luxe en Allemagne, atteste d'une hausse de 800% des demandes émanant de Français, depuis quelques mois. Il faut dire qu'on part quasiment de zéro : nous sommes l'un des pays d'Europe les moins bien fournis, avec seulement 600 abris anti-atomiques  militaires, 300 à 400 privés... ce qui place notre "taux de protection" près du 0%, contre 50% aux Etats-Unis, 70 % en Chine, en Suède et en Russie.  100 % en Israël et 104%  en Suisse...  où on a quasiment inscrit le survivalisme dans les normes de construction dès 1963, en imposant la construction d'un abri avec chaque maison ! Depuis, cette obligation n'est plus légale, mais pour s'en dispenser, il faut verser une taxe dissuasive. La Confédération compte donc  entre 300.000 et 400.000 bunkers privés et publics, capables d’accueillir plus de 8,6 millions d’individus.

 

Le prix d'une place de parking ?

Si nous sommes encore peu équipés en France, c'est peut-être à cause du prix des constructions appelées à rester inutiles... si tout va bien ! Ainsi, l'Américain Vivos annonce des tarifs exorbitants, à compter de 35 000 dollars par adulte pour la formule basique – comprenant, outre l'hébergement, de quoi vivre pendant un an. Cela ne semble pas décourager ceux qui craignent que le ciel leur tombe sur la tête ! Et pourtant, seule une minorité serait "très riche", selon le patron de Vivios, Robert Vicino, pour qui tout est une question de priorités : son bunker ne coûte "pas plus cher qu'une Mercedes" ! Ou même, que l'endroit où la garer : le fabricant suisse Amesis Construction, l'un des leaders du marché, fait valoir quant à lui que ses abris valent à peu près "le prix d'une place de parking" !  Les premiers modèles débutent à 2300€TTC/M2 pour 14m2, avec sas de décontamination 2,25 m², pièce de vie de 11.75 m², plus un local d'entrée de 2.25 m² et une sortie de secours.

Excellent comme cave à vin

Quand on n'a pas de jardin où l'enterrer, on peut aménager son abri dans une cave, à condition qu'elle ne soit pas en zone inondable et qu'elle soit bien étanche. À défaut, toute pièce sans fenêtre qui puisse être totalement calfeutrée peut convenir, mais il faut qu'elle ait au moins deux portes (au cas où l'une deviendrait impraticable, et que vous deviez fuir par l'autre !). Il faut aussi qu'elle puisse être raccordée à l'eau, à un tout à l'égout, à un système d'aération, à un groupe électrogène avec système d'évacuation des fumées et du gaz, à une prise d'antenne pour pouvoir capter la radio... et suivre l'évolution de la situation à l'extérieur ! Il faut évidemment prévoir une zone de stockage, avec de nombreux rangements, et un système de fermeture solide pour toutes les issues, ainsi que des systèmes d'alarmes et un  sas de décontamination. Dans l'abri, une fois construit, il faudra évidemment stocker des réserves alimentaires, des masques médicaux, une trousse de première urgence, un kit de survie, des matelas et des couvertures, un couteau, des armes, des outils... sans oublier les jeux de cartes et les bons livres ! En attendant la fin du monde, rien ne vous empêche de vous servir de votre abri... comme cave à vin : l'hygométrie et la température y seront idéales... et les bons crus pourront vous remonter le moral au jour de la catastrophe !

* Sociologue de l'imaginaire, chercheur et chargé de cours à l'université Paul-Valéry de Montpellier, membre du Laboratoire d'Etudes et de Recherches Sociologiques et Ethnologiques