Elodie Martinet, une femme sur les chantiers

28/02/2017 Actualité

A l’occasion de la Journée du droit des femmes, nous avons rencontré, dans la région de Reims, une jeune responsable de chantier qui mène sa carrière… de main de maître !

« Le statut de la femme, un bien grand mot ! » s’exclame Elodie Martinet. « Je pense qu’à partir du moment où on veut quelque chose et qu’on se donne les moyens d’y arriver, on peut l’obtenir, qu’on soit un homme ou une femme ! » A 25 ans, la jeune chef de chantier se sent donc bien éloignée des combats féministes, d’une autre époque à ses yeux : « On dit que le bâtiment est un milieu macho, mais il ne l’est plus tant que ça; je pense que les choses ont beaucoup évolué, rien à voir avec que ça pouvait être il y a vingt ou trente ans ! Cela fait six ans que je suis sur les chantiers et j’ai rarement rencontré quelqu’un qui n’accepte pas d’être dirigé par une femme, et même quand cela a été le cas, ça se limitait au regard de travers… je n’ai jamais été insultée, je n’ai jamais ressenti un total rejet ! »

Un choix de carrière atypique

Pourtant, les femmes restent très rares sur les chantiers, et lors de sa formation, qui a commencé par l’électricité, Elodie a croisé bien peu de ses congénères ! « En CAP, j’étais une des très rares filles… Il est vrai que c’est un choix de carrière atypique pour une femme, mais la plupart des personnes que je rencontre me félicitent de l’avoir fait et d’avoir su m’affranchir des conventions ! »

Energique et volontaire, la jeune femme a vite compris comment déjouer les obstacles : d’abord, en prouvant ses compétences. « J’ai passé un bac S, puis j’ai décidé de m’orienter vers le bâtiment, et j’ai suivi plein de stages : peintre, plaquiste… et quand j’ai touché à l’électricité, j’ai su que j’avais trouvé, que c’était ce que je voulais faire ! Alors j’ai passé mon CAP et mon BP : mon but c’était vraiment de commencer en bas de l’échelle, de toucher à tous les aspects du métier, avant de devenir chef de chantier. Car déjà que je suis une femme, et que je suis jeune, c’était hors de question d’encadrer des gars si je ne savais pas exactement de quoi je leur parlais ! »

Elle a donc gagné ses galons sur le terrain, avant de suivre une formation diplômante en alternance, au CESI, pour acquérir son grade de chef… et là encore, elle s’estr trouvée bien isolée : dans ses 23 centres de formation en France, le CESI n’a accueilli que 2060 femmes depuis les années 2000, et seulement 678 en sont sorties diplômées à ce jour… dont 61 en tant que responsables de chantier (sur 142 postulantes).

Des qualités féminines… au service du BTP

« Même si nous sommes minoritaires dans le milieu du bâtiment, cela ne nous empêche en rien de réussir aussi bien que les hommes ! » assure Elodie Martinet. Certes, elle reconnaît avoir parfois besoin de l’aide de ses collègues masculins pour soulever des charges trop lourdes, charrier du matériel; une aide qu’ils lui accordent bien volontiers ! « Mais l’important, c’est le mental », souligne-t-elle. « Le BTP, c’est un état d’esprit qui m’a toujours attirée. Je suis quelqu’un de très direct, j’aime le côté « brut de décoffrage » qu’on peut trouver dans ce milieu ! Et puis, il ne faut pas avoir peur de prendre des décisions. » Aussi n’a-t-elle jamais eu de souci pour s’imposer dans ce monde masculin : « C’est une question de caractère. Et je pars du principe que si je suis irréprochable – sur le respect, la ponctualité – je peux en retour demander la réciproque.»

Il y aurait même certains avantages particuliers à être de ce sexe qu’on dit faible : « La plupart du temps, les hommes avec lesquels je travaille n’osent pas me parler aussi crûment que s’ils s’adressaient uniquement à des hommes, notamment en réunion de chantier, ce qui permet d’atténuer les tensions. J’ai également une autre vision du management, le mien est généralement plus axé sur le bien être de mes collaborateurs que mes collègues masculins !»

La seule difficulté qu’Elodie admet rencontrer parfois est peut-être liée à la douceur féminine… C’est parfois celle d’être « trop gentille » ! « Il faut savoir rester ferme et impartiale même si on apprécie la personne en face de soi. » Et même s’il y a « forcément, des moments de découragement », la jeune chef de chantier les trouve « minimes », comparés à ce que lui apporte son métier… Une vraie passion !