Et si la maison de demain était un bateau ?

28/02/2017 Actualité

C’est l’une des stars du Nautic de Paris, qui se tient jusqu’au 6 décembre 2016 à Paris : KayFlo, la « maison-bateau », y est présentée en première mondiale. Ce concept écologique préfigure-t-il l’habitat du futur ?

Les maisons flottantes ne sont pas tout à fait une nouveauté : c’est même une idée vieille comme le monde ! Venise n’est-elle pas entièrement bâtie sur l’eau ? Les historiens datent les habitats lacustres les plus anciens connus à ce jour de 4300 à 800 avant J.C : on les trouve au bord du lac de Constance, mais  aussi en Autriche et en Haute-Souabe, dans les tourbières du Federsee, en Lettonie, Lituanie, Espagne, dans les marais de Laibach en Slovénie… Hors des frontières européennes, de nombreuses ethnies connaissaient aussi les avantages des maisons sur pilotis, des Tanka de Hong Kong aux Uros du lac Titicaca…

 Le vent en poupe

C’est donc aujourd’hui un renouveau plus qu’une nouveauté : la densité croissante des centres urbains, les menaces climatiques qui confrontent certaines régions à des périls sérieux d’inondation, la mode du « retour à la nature », stimulent l’imagination des architectes. La maison-bateau a… le vent en poupe ! Certains projets vont même bien au-delà, faisant naître les plans de quartiers entiers, voire de « micro-Etats » pouvant dériver librement au gré des courants et au mépris des frontières, comme le « Lilypad » conçu par l’architecte français Vincent Caillebaut. Inspirée des feuilles d’un nénuphar géant, cette « écopolis » serait construite en fibre de polyester recouverte de dioxyde de titane et pourrait abriter jusqu’à 50 000 « éco-réfugiés » ! Si ces utopies architecturales semblent encore loin de l’amerrissage, d’autres projets sont très réalistes, voire déjà incarnés : ils rencontrent sans mal l’enthousiasme des promoteurs, voyant s’ouvrir la promesse de nouveaux terrains constructibles à l’infini… sur les flots !

De vrais villages flottants

Ainsi, aux Pays-Bas, dont  un quart des terres se trouvent sous le niveau de la mer et dont 60% du territoire est considéré comme inondable,  le « house floating » fait déjà partie du paysage urbain, et des quartiers entiers, comme celui d’Ijburg à Amsterdam, sont constitués de maisons flottantes, très en deçà du prix de leurs voisines terrestres – autour de 4000€ le m2, alors qu’il atteint jusqu’à 7000€/m2 au centre de la capitale néerlandaise. D’autres villes tentent le pari : ainsi, à Edimbourg, l’entreprise SRT (Sustainable Renewable Technology) construit actuellement un village flottant, avec unités amphibies alimentées en électricité par des panneaux solaires, dans les canaux de Leith. En France, la société Aquashell a été la première à développer un concept « clé en mains » de maisons flottantes, économique, écologiques et faciles à installer sur tout type de plan d’eau (www.aquashell.fr). Quelles différences avec Kay Flo, la maison bateau qui fait actuellement sensation au salon Nautic de Paris ? Il n’y en a qu’une, mais de taille : cette dernière est aussi… un vrai bateau !

Kay Flo : économique, écologique… et mobile !

Cette maison de plus de 100m2 habitables, entièrement autonome en eau et en énergie, mesurant 13m de long sur 7m de large est, d’un point de vue réglementaire… un navire pouvant naviguer à 6 nœuds (11km/h). Sa conception est unique : elle allie une structure monocoque, pour le volume, à deux coques latérales, pour la stabilité. Son prix ? Moins de 2 800 € par m2, soit 299 000 euros HT.
« Au départ, je voulais créer un lieu de vie mobile, marin, écologique, confortable et accessible financièrement, tout simplement pour loger ma famille », explique le concepteur de Kay Flo, Jean-Marc Salpétrier, un ingénieur en génie civil et urbanisme. Il fait appel à Gildas Plessis Yacht Designer pour mener à bien le projet, dont l’Ademe est également partenaire. « Lorsque j’ai vu l’enthousiasme suscité, j’ai poussé la réflexion plus loin, avec Yacht Concept, Laurent Da Rold et Franck Darnet Design, pour aboutir à un projet industriel. Je suis persuadé que KayFlo est une solution d’habitat du futur, au regard de la montée des eaux qui va concerner de nombreux pays dans les décennies à venir ». Il faut dire que ses atouts sont nombreux : non seulement elle est économique, mais aussi autonome en énergie grâce à ses panneaux solaires et ses éoliennes, ainsi qu’en eau via un système de récupération des eaux de pluie, mais elle est aussi vendue « clé en main » comme une maison. Elle s’intègre parfaitement à son environnement marin et le respecte : zéro rejet, traitement des eaux usées et ventilation naturelle. Elle peut être habitée à quai et/ou au mouillage, et se piloter sans permis. La plus « mobile » de ces maisons marines pourra s’aventurer jusqu’à 2 milles (3,7 km) d’un abri.

Maison vue mer… et l’océan pour jardin !

Le premier Kay Flo de série a été vendu à un particulier : à condition de ne pas craindre le mal de mer, le concept est séduisant pour ceux qui veulent se sentir libres, vivre au contact de la nature et au plus près de la mer, mais dans le confort d’une vraie maison : celle-ci leur permettra de s’installer facilement dans des villes côtières, sans se soucier du prix du foncier souvent astronomique au bord des flots  – qu’il s’agisse de NiceCannesMonaco, ou pourquoi pas, Miami, Oslo… La maison bateau n’a pas de frontières ! Bien sûr, elle peut aussi être exploitée en hôtellerie et en location saisonnière : l’offre présente beaucoup d’avantages, attirante pour la clientèle par son aspect novateur, facile et rentable à mettre en œuvre pour l’exploitant. Un projet d’une quinzaine de Kay Flo est d’ailleurs déjà prévu à la Martinique pour 2018. Elles seront construites à La Rochelle, et achevées sur place : l’idée est de les assembler en un seul lieu où sont coordonnées des équipes d’experts, comme pour les chantiers de « vraies » maisons ! «Toujours dans une logique éconologique, l’objectif est de mettre en place un process de construction simple, qui fasse d’abord appel aux compétences locales», précise Jean-Marc Salpétrier.

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